L’entrepreneuriat, un outil d’insertion professionnelle pour les personnes éloignées de l’emploi.

L’entrepreneuriat peut-il être considéré au même titre que le salariat comme un outil d’insertion professionnelle pour les personnes éloignées de l’emploi ?

Pour répondre à cette question, arrêtons nous sur le cas de Sephora, mère qui élève seule ses deux enfants et qui arrive difficilement à concilier organisation familiale et emploi salarié : « J’étais obligée de travailler le samedi. Je donnais 90 euros à la nounou pour en gagner 80. J’arrivais souvent en retard. Et quand mes enfants étaient malades, je devais les garder. Du coup, mes employeurs ne me faisaient pas confiance. Les CDD ne devenaient jamais des CDI. C’était un cercle vicieux qui m’épuisait. »

Inévitablement, Séphora finit par se retrouver au RSA. Elle décide alors d’ouvrir un salon de beauté chez elle.

Aujourd’hui, Séphora gagne deux fois mieux sa vie que lorsqu’elle était salariée. Elle ne perd plus son temps dans les transports, et surtout, elle arrive à concilier vie pro et vie perso et à voir grandir ses enfants.

Séphora est loin d’être un cas isolé. Les familles monoparentales (dont la proportion est passée de 11% à 25% en 20 ans) ne présentent qu’un des nombreux cas dans lesquels des personnes fragilisées sur le marché du travail peuvent trouver dans l’entrepreneuriat une solution plus adaptée que dans le salariat. Le Pacte IAE fait ainsi le constat que “des offres d’emploi salarié ne sont pas toujours disponibles sur les compétences des personnes rencontrant des difficultés sociales et professionnelles, ou ne correspondent pas à leur situation ou à leurs aspirations”.
Les périodes de crise accentuent cette réalité. Créer son propre emploi dans un marché du travail incertain peut apparaître comme un risque moins grand quand l’insertion est précaire et la discrimination très importante : il est parfois plus aisé de trouver des activités, c’est-à-dire un marché et des clients, que des employeurs.

Mais l’entrepreneuriat n’est pas un choix par défaut.
La première motivation des créateurs d’entreprise est la liberté et l’indépendance dans le travail, principaux éléments déclencheurs pour 57% d’entre eux. C’est encore plus vrai pour les petits entrepreneurs, pour qui ce chiffre monte jusqu’à 79%. Leurs raisons suivantes sont l’envie de donner du sens à leur travail (64%) et le besoin de s’insérer professionnellement (52%).

La grande majorité des petits entrepreneurs n’a donc pas le sentiment de subir son statut mais bien de l’avoir choisi et de le choisir chaque jour : parce qu’il offre une véritable autonomie, parce qu’il permet de donner sens au travail et de l’aligner sur les valeurs, priorités de vie et compétences de chacun.

L’entrepreneuriat, lorsqu’il est accompagné, est également une voie d’insertion professionnelle durable, même pour les publics fragiles.
Dans son étude d’impact, l’Adie, qui accompagne et finance des créateurs d’entreprise n’ayant pas accès au crédit bancaire, présente un taux de pérennité à 3 ans de ses clients de 81% et un taux d’insertion de 93% pour 2020.
Plus de 9 créateurs d’entreprises sur 10 sont donc en situation d’emploi 3 ans après avoir créé leur entreprise avec l’Adie.

Au-delà de la pertinence de l’entrepreneuriat comme outil d’insertion professionnelle pour de nombreuses personnes en situation de fragilité, c’est la progression continue du travail indépendant sur le marché du travail et ce, quelle que soit la catégorie socioprofessionnelle observée, qui en fait un phénomène sociétal à considérer.

Porté par la création de microentreprises, le nombre de travailleurs indépendants a augmenté de 40% en 10 ans pour atteindre 3,6 millions de personnes. Cette croissance n’est pas le simple fait de l’essor des plateformes numériques de mise en relation. En 2018, seuls 16 % des nouveaux micro-entrepreneurs travaillaient par leur intermédiaire.

Les profils des créateurs d’entreprise présentent, pour nombre d’entre eux, des caractéristiques similaires aux bénéficiaires de l’insertion professionnelle.
D’après BPI : 36% ne disposent d’aucun diplôme ou seulement d’un niveau d’études BEP-CAP/infra bac, 8% bénéficient des minimas sociaux, 8% habitent en zone de revitalisation rurale et 10% dans un quartier prioritaire de la ville.
Les demandeurs d’emplois sont particulièrement concernés. Ils représentent 20% des créateurs d’entreprise et seront plus nombreux encore demain, près d’un sur deux se projetant aujourd’hui dans l’entrepreneuriat.

De fait, parmi les salariés en insertion des SIAE, un certain nombre (près de 10% pour les Associations Intermédiaires, à titre d’exemple) souhaiterait opter pour l’entrepreneuriat comme forme de retour à l’emploi après avoir acquis les compétences techniques d’un métier nouveau et progressivement résolu les freins à l’emploi au sein d’une SIAE. Parmi eux, nombreux sont ceux qui poursuivent déjà une activité indépendante informelle en parallèle de leur parcours d’insertion.

Bousculé par la crise sanitaire, le marché du travail accélère sa mutation et voit le travail indépendant prendre une place de plus en plus importante. Cette évolution qui touche toutes les catégories sociales est avant tout portée par l’envie croissante d’entreprendre, tendance de fond de notre société moderne.
Quand les conditions sont réunies, le souhait de personnes éloignées de l’emploi de s’insérer en lançant leur propre activité, en créant leur propre emploi, doit être encouragé et accompagné car le travail indépendant est devenu un outil d’insertion professionnelle aussi légitime que l’emploi salarié.

Sources :

1 – Profil des entrepreneurs (2021/CCI) : https://www.cci.fr/ressources/informations-economiques/panorama-de-lentrepreneuriat-et-de-la-cession/chiffres-cles

2 – Megaphone opinionway (2022)

3 – Étude Insee (2020) : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4799082

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