La courbe du deuil : prĂ©sentation đđâĄïžđąâĄïžđĄâĄïžđ€ŻâĄïžđâĄïžđâĄïžđ
Initialement conçue pour expliquer le processus du deuil liĂ© Ă la mort, la courbe du deuil sâapplique dĂ©sormais Ă de nombreuses situations oĂč il y a changement : Perte dâemploi, rupture scolaire, sĂ©paration, dĂ©claration dâune maladie, dĂ©part Ă la retraite, dĂ©mĂ©nagement ou expropriation, changement majeur en entrepriseâŠ
La plupart des Ă©tapes sont inconscientes et peuvent devenir conscientes.
Nous ne sommes pas obligés de passer par toutes les étapes de cette courbe. Chaque personne réagit différemment en fonction de son vécu, de sa personnalité, de son environnement et du soutien dont il bénéficie.
Les phases ne sont pas linĂ©aires : une personne peut sauter certaines Ă©tapes, les vivre dans un ordre diffĂ©rent ou mĂȘme revenir en arriĂšre.
Par exemple un jeune qui est en insertion peut passer directement du choc à la négociation sans ressentir de colÚre ou de dépression.
Certaines phases peuvent ĂȘtre plus ou moins marquĂ©es : certaines personnes vivent une longue pĂ©riode de dĂ©ni tandis que dâautres acceptent rapidement la situation.
Par exemple un jeune trĂšs soutenu et proactif pourra atteindre plus vite lâacceptation et la reconstruction.
Le soutien et lâaccompagnement influencent le processus : un bon accompagnement peut Ă©viter ou raccourcir certaines Ă©tapes difficiles (par exemple la colĂšre ou la dĂ©pression)
Par exemple un coach ou un mentor qui peut aider Ă transformer la colĂšre en action constructive.
Les phases sont au nombre de 7 :
- Le choc
- Le déni
- La colĂšre
- La négociation
- La dépression
- Lâacceptation
- La reconstruction
đ§ Faisons un focus sur chaque phase pour explorer ce Ă quoi elle correspond et comment on peut la dĂ©tecter dans lâaccompagnement socio-professionnel.
Phase 1 : le choc đ„đšđ§
Câest une phase inconsciente et instinctive face Ă une annonce brutale, une perte soudaine ou un changement non anticipĂ©.
- Elle se traduit par des sentiments diversifiĂ©s comme la sidĂ©ration ou une incapacitĂ© Ă rĂ©agir, un sentiment dâirrĂ©alitĂ© comme si lâĂ©vĂ©nement nâĂ©tait pas rĂ©el, une confusion ou un trouble de la pensĂ©e ou bien une absence de rĂ©action Ă©motionnelle comme sâil y avait un Ă©tat de vide pour le plan Ă©motionnel.
- Sur le plan comportemental, elle peut se traduire par un figement ou une incapacitĂ© Ă prendre une dĂ©cision, un blocage ou un mutisme voire un refus de parler de la situation, des rĂ©actions automatiques sans rĂ©elle comprĂ©hension de ce qui se passe ou bien encore une sorte dâhyperactivitĂ© pour ne pas penser Ă la situation.
- Sur le plan physique, elle se traduit par une fatigue soudaine voire une insomnie, lâaccĂ©lĂ©ration du rythme cardiaque ou une sensation dâoppression, des nausĂ©es, des tremblements ou des tensions musculaires.
Dâun point de vue verbal, la phase de choc se manifeste par des difficultĂ©s Ă exprimer clairement ses pensĂ©es, via un discours incohĂ©rent ou hachĂ© ou bien par lâabsence totale de rĂ©action verbale.
Prenons des exemples :
đ Ce qui se passe : Le jeune prend brutalement conscience de sa situation (chĂŽmage, Ă©chec scolaire, difficultĂ© Ă trouver un emploi).
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Je ne mây attendais pasâŠ", "Je pensais que ce serait plus facile."
đ Ce qui se passe : Licenciement ou refus dâembauche
đŹ RĂ©action du jeune : "Je ne comprends pas⊠Jâai pourtant tout fait correctement."
đ¶ Comportement : Il reste silencieux, perdu, sans savoir comment rĂ©agir.
đ Ce qui se passe: Ăchec scolaire ou arrĂȘt brutal dâune formation
đŹ RĂ©action : "Câest impossible, il doit y avoir une erreur sur mes rĂ©sultats."
đ¶ Comportement : DĂ©ni total, Ă©vite de parler de lâĂ©chec et reporte les dĂ©marches dâorientation.
đ Ce qui se passe : Passage Ă la vie active aprĂšs les Ă©tudes
đŹ RĂ©action : "Et maintenant ? Je ne sais pas quoi faire."
đ¶ Comportement : Paralysie dans la prise de dĂ©cision, refus de se projeter.
Comment accompagner un jeune dans une phase de choc ?
â
Accueillir avec bienveillance : Ne pas brusquer, offrir une Ă©coute attentive.
â
Donner du temps : Laisser le jeune assimiler la situation avant de le pousser Ă agir.
â
Rassurer : Expliquer que cette réaction est normale et temporaire.
â
Fournir des repĂšres concrets : Reformuler la situation avec des mots simples et proposer des petites actions progressives
đĄ Lâobjectif est dâaider le jeune Ă sortir du choc pour entrer progressivement dans lâacceptation de la rĂ©alitĂ©, sans prĂ©cipitation.
Phase 2 : Le dĂ©ni âđđ€„
Cette phase est Ă©galement inconsciente qui a pour but de se protĂ©ger face Ă une rĂ©alitĂ© trop difficile Ă accepter. Elle arrive aprĂšs la phase de choc et le jeune peut refuser dâadmettre la situation.
- Sur le plan Ă©motionnel, elle se traduit par un refus de voir la rĂ©alitĂ© en face, par un sentiment dâirrĂ©alitĂ© comme si rien nâavait changĂ© ou bien une forme dâauto-persuasion que la situation va sâarranger toute seule.
- Le jeune peut Ă©viter les discussions ou les dĂ©marches liĂ©es au problĂšme, reprendre une sorte de routine et faire comme si de rien nâĂ©tait ou bien procrastiner face aux actions Ă entreprendre sur le plan comportemental.
- Sur le plan physique, il y a peu de signes visibles mais parfois les jeunes font preuve dâhyperactivitĂ© pour fuir la vĂ©ritĂ©, elles peuvent aussi vivre un stress latent, une agitation nerveuse.
Sur le plan verbal, elle se manifeste par un refus, une minimisation ou une justification de la situation.
Quelques exemples qui peuvent aider à identifier une phase de déni :
đ Ce qui se passe : Refus de voir la rĂ©alitĂ©, minimisation des difficultĂ©s.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Je vais trouver un job tout seul, pas besoin dâaide.", "Le systĂšme est contre moi, ça ne sert Ă rien dâessayer."
đ Ce qui se passe : Jeune refusant dâadmettre quâil a besoin dâaccompagnement
đŹ RĂ©action : "Jâai pas besoin de la Mission Locale, je vais trouver un boulot tout seul."
đ Ce qui se passe : Ăchec scolaire non acceptĂ©
đŹ RĂ©action : "Je vais retenter sans rien changer, ça passera la prochaine fois."
đ Ce qui se passe : Refus dâaccepter une rĂ©orientation
đŹ RĂ©action : "Je voulais faire ce mĂ©tier depuis toujours, je ne peux pas changer maintenant !"
DĂšs quâon accompagne un jeune et quâon dĂ©tecte que le jeune est en phase de dĂ©ni, en tant que professionnel, on peut :
â
Ne pas confronter brutalement : Forcer la prise de conscience peut aggraver le blocage.
â
Utiliser des faits concrets : Exemples, chiffres, témoignages inspirants.
â
Encourager la réflexion : Poser des questions ouvertes ("Et si ça ne marchait pas comme prévu, quelles seraient tes options ?").
â
Proposer des premiÚres étapes légÚres : Inviter à un atelier, un échange avec un mentor.
đĄ Lâobjectif est dâamener progressivement le jeune Ă ouvrir les yeux sur la situation, sans le brusquer.
Phase 3 : La colĂšre đĄđ€Źđą
Cette phase est inconsciente mais elle amorce un dĂ©but de conscience. DĂšs lors que le jeune commence Ă percevoir la rĂ©alitĂ© mais quâĂ©motionnellement il nâest pas prĂȘt Ă lâaccepter, cette rĂ©action est naturelle et est perçue comme injuste, incomprĂ©hensible ou subie. Les Ă©motions ne sont pas encore maitrisĂ©es et la frustration subie peut se manifester contre lui-mĂȘme, contre les autres (la famille, les institutions, lâemployeurâŠ) ou contre la situation elle-mĂȘme.
- Sur le plan Ă©motionnel, il peut ressentir un sentiment dâinjustice et de frustration intenses, il va rechercher des coupables (que ce soit lui-mĂȘme ou quelquâun dâautre), il va sentir de lâagacement face aux conseils ou aux tentatives dâaide.
- les rĂ©actions vont ĂȘtre impulsives (agressivitĂ© verbale, hausse de ton..), le jeune va sâopposer systĂ©matiquement aux propositions dâaide ou vivre un repli sur lui-mĂȘme, avoir voire entretenir les conflits avec lâentourage parfois il a des comportements dâauto-sabotage avec des refus dâassister Ă des rendez-vous ou lâabandon des dĂ©marches pour le plan comportemental.
- Sur le plan physique, le jeune peut ressentir de la tension corporelle avec les poings serrĂ©s ou la mĂąchoire crispĂ©e, vivre de lâhyperactivitĂ© due au stress, vivre des troubles du sommeil ou de lâappĂ©tit.
Cette phase se traduit par une accusation des autres, des reproches, du rejet, une auto-dĂ©valorisation avec un sentiment dâinjustice dâun point de vue verbal
Exemples concrets :
đ Ce qui se passe : Frustration face aux obstacles, sentiment dâinjustice.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Câest la faute de lâĂ©cole, des employeurs, du gouvernement !", "On ne donne pas leur chance aux personnes comme moi."
đ Exemple 1 : Un jeune en colĂšre aprĂšs un refus dâemploi
đŹ RĂ©action : "Câest nâimporte quoi, ils ne veulent que des pistonnĂ©s !"
đ Exemple 2 : Refus dâune formation proposĂ©e
đŹ RĂ©action : "Ăa sert Ă rien, mĂȘme avec un diplĂŽme, on trouve pas de boulot !"
đ Exemple 3 : Conflit avec la famille Ă cause de lâinaction
đŹ RĂ©action : "Ils veulent que je trouve un travail tout de suite, mais ils comprennent rien !"
Comment peut on accompagner un jeune qui est dans la phase de colĂšre ?
â
Ne pas rĂ©pondre Ă lâagressivitĂ© par lâagressivitĂ© : Garder une posture calme et bienveillante.
â
Reformuler les Ă©motions : "Je ressens beaucoup de frustration dans ce que vous dites, câest normal. Quâest-ce qui vous semble le plus injuste ?"
â
Aider Ă transformer la colĂšre en action : Proposer une action concrĂšte et accessible (ex. : postuler Ă une offre, rencontrer un professionnel inspirant).
â
Ăviter les injonctions : Ne pas forcer ("Vous devez faire ça"), mais plutĂŽt amener Ă la rĂ©flexion ("Quâest-ce qui pourrait vous aider selon vous ?").
đĄ Lâobjectif est dâaider le jeune Ă canaliser sa colĂšre pour qu'il devienne un moteur dâaction plutĂŽt quâun blocage.
Phase 4 : La nĂ©gociation. đ€đđ€
Toujours en transition vers le conscient, la phase de nĂ©gociation est majoritairement inconsciente. Pendant cette phase, le jeune commence Ă se dire quâil faut quâil y ait un changement mais il va tenter de trouver des alternatives pour contourner la rĂ©alitĂ© ou limiter lâimpact du changement. Câest une phase bascule qui est une transition entre refus et acceptation partielle.
- Sur le plan Ă©motionnel, il garde espoir quâune solution « intermĂ©diaire » est possible, il tente de trouver une issue qui Ă©viterait un engagement complet dans le changement et alterne entre optimisme et doute.
- Il va rechercher des alternatives « moins contraignantes », va discuter pour obtenir des compromis et va avoir une motivation temporaire à tester des solutions mais ne présente aucune conviction dans ses démarches sur le plan comportemental.
- Enfin, sur le plan physique, il va ressentir moins de tension quâen phase de colĂšre mais ressent encore du stress liĂ© Ă lâincertitude, il ressent par contre de la fatigue due aux hĂ©sitations et Ă lâinstabilitĂ© Ă©motionnelle.
Les autres signes qui peuvent traduire quâun jeune vit une phase de nĂ©gociation sont des tentatives de compromis, des questions sur dâautres options et des conditions mises au changement. Il peut faire des propositions alternatives, tenter de reporter les dĂ©cisions, il pose des conditions et nĂ©gocie avec soi mĂȘme ou avec les autres et remet en question des exigences du changement.
ConcrÚtement, ça se traduit par :
đ Ce qui se passe : Le jeune tente de nĂ©gocier avec la rĂ©alitĂ©, explore des alternatives.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Si je fais un petit boulot en attendant, ça ira mieux ?", "Peut-ĂȘtre que je devrais reprendre une formation, mais est-ce vraiment utile ?"
đ Exemple 1 : Un jeune qui hĂ©site Ă suivre une formation
đŹ RĂ©action : "OK, je vais peut-ĂȘtre faire une formation, mais seulement si elle dure pas trop longtemps."
đ Exemple 2 : Un jeune en recherche dâemploi mais rĂ©ticent Ă certaines offres
đŹ RĂ©action : "Je vais postuler, mais pas dans ce secteur, je veux un boulot bien payĂ© tout de suite."
đ Exemple 3 : Un jeune bĂ©nĂ©ficiaire qui veut temporiser avant dâagir
đŹ RĂ©action : "Je vais voir encore un peu avant de prendre une dĂ©cision."
Comment accompagner un jeune en phase de négociation ?
â
Valoriser les premiers signes dâouverture : Encourager sans brusquer.
â
Ăviter de le confronter brutalement Ă la rĂ©alitĂ© : Le changement doit venir de lui.
â
Proposer des options réalistes et accessibles : "Vous voulez tester ? Pourquoi ne pas essayer un stage de courte durée ?"
â
Mettre en place des engagements progressifs : Petites actions concrÚtes pour avancer sans précipitation.
â
Fixer des repĂšres temporels : "Dâaccord pour attendre, mais on fixe une date pour dĂ©cider ensemble ?"
đĄ Lâobjectif est de transformer cette nĂ©gociation en un premier pas vers lâaction, tout en laissant le jeune garder un sentiment de contrĂŽle sur ses choix.
Phase 5 : la dĂ©pression đđąđ
Cette phase est la premiĂšre qui a une prise de conscience mĂȘme si le jeune reste passif dans son attitude. Elle survient quand il prend pleinement conscience de la rĂ©alitĂ© du changement ou de la perte. Elle rĂ©alise que les tentatives prĂ©cĂ©dentes (nĂ©gociation et Ă©vitement) nâont pas fonctionnĂ© et donc elle ressent une baisse de moral, un dĂ©couragement et parfois une perte de confiance en soi. Cette phase clĂ© est souvent douloureuse mais nĂ©cessaire pour avancer vers lâacceptation et la reconstruction.
- Le jeune ressent une tristesse profonde ou un sentiment de vide, un sentiment dâĂ©chec ou dâinutilitĂ©, une perte de motivation voire dâenvie dâagir ou du dĂ©couragement et du pessimisme face Ă lâavenir sur le plan Ă©motionnel.
- Sur le plan comportemental, il se dĂ©sengage des dĂ©marches entreprises, sâisole socialement ou Ă©vite des contacts, ressent un baisse dâĂ©nergie et procrastine ou bien elle abandonne des routines ou des projets en cours.
- Il peut ressentir une fatigue excessive avec des troubles du sommeil (en hypersomnie ou insomnie), des troubles de lâappĂ©tit avec perte ou excĂšs dâalimentation ou bien manque dâĂ©nergie pour accomplir les tĂąches quotidiennes sur le plan physique.
Les discours nĂ©gatifs, le fatalisme ou la perte de confiance en soi peuvent aussi ĂȘtre des indicateurs de cette phase. Le jeune va vivre une auto-dĂ©valorisation et une perte dâespoir, avoir une vision pessimiste du futur, rejeter les opportunitĂ©s et ressentir un sentiment dâisolement et dâincomprĂ©hension.
Par exemple :
đ Ce qui se passe : Le jeune se sent dĂ©passĂ©, perd confiance en lui.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Je nây arriverai jamais.", "Je ne vaux rien, personne ne veut de moi."
đ Exemple 1 : Jeune dĂ©couragĂ© par le marchĂ© de lâemploi
đŹ RĂ©action : "Ăa fait des mois que jâenvoie des CV et personne ne rĂ©pond. Câest fini, jâabandonne."
đ Exemple 2 : Jeune qui rejette toute proposition dâaide
đŹ RĂ©action : "MĂȘme si vous me trouvez un stage, je vais sĂ»rement Ă©chouer."
đ Exemple 3 : Jeune qui sâisole et refuse de communiquer
đŹ RĂ©action : (Silence, absence aux rendez-vous, messages courts et nĂ©gatifs)
Quand on est professionnel de lâaccompagnement et quâon a face Ă nous un jeune qui est en phase de dĂ©pression, voici ce qui peut ĂȘtre fait :
â
Faire preuve dâĂ©coute et dâempathie : Accepter ses Ă©motions sans minimiser son ressenti.
â
Ăviter les injonctions positives forcĂ©es : Ne pas dire "Allez, bouge-toi !" mais plutĂŽt "Quâest-ce qui pourrait tâaider Ă avancer un petit pas Ă la fois ?"
â
Valoriser les petites victoires : "Vous avez pris le temps de venir aujourdâhui, câest un premier pas important."
â
Proposer un accompagnement progressif : Ne pas fixer dâobjectifs trop ambitieux, mais avancer pas Ă pas.
â
Encourager le lien social : Lâaider Ă retrouver du soutien (amis, famille, mentors, groupes dâentraide).
đĄ Lâobjectif est dâaider le jeune Ă sortir de son Ă©tat de passivitĂ© et de retrouver progressivement confiance en lui et en ses capacitĂ©s.
Phase 6 : La phase dâacceptation đđ±âš
Cette phase est une phase consciente et volontaire. Elle marque un tournant dans la courbe du deuil et du changement.
Les Ă©motions difficiles sont passĂ©es et le jeune commence Ă accepter la rĂ©alitĂ© du changement et Ă envisager lâavenir avec plus de luciditĂ© et de sĂ©rĂ©nitĂ©. Ce moment nâest pas un moment trĂšs joyeux mais il y a arrĂȘt de lutte contre la situation et il commence Ă considĂ©rer la situation comme une opportunitĂ© dâĂ©volution.
- Le jeune ressent un apaisement progressif et une diminution du stress, une rĂ©duction des sentiments dâinjustice et de frustration et la naissance dâune nouvelle motivation sur le plan Ă©motionnel.
- Sur le plan comportemental, on observe une reprise progressive des démarches, une recherche active de solutions adaptées, la capacité à se projeter dans le futur avec plus de clarté et un engagement dans de nouvelles activités.
- Le sommeil et lâĂ©nergie sont amĂ©liorĂ©s, il y a moins de signes de stress avec moins de tensions et de fatigue Ă©motionnelle et la posture est plus ouverte avec un langage corporel plus dĂ©tendu sur le plan physique.
Le discours est plus posĂ©, les phases sont plus constructives et il sâouvre au changement. Il reconnait la rĂ©alitĂ©, prend des responsabilitĂ©s, a une volontĂ© dâaction et sâouvre aux conseils et Ă lâaccompagnement.
Prenons quelques exemples concrets :
đ Ce qui se passe : Le jeune comprend quâil doit sâadapter et prendre en main son avenir.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "OK, la situation est compliquĂ©e, mais je vais essayer de trouver une solution."
đ Exemple 1 : Un jeune qui accepte un changement de voie professionnelle
đŹ RĂ©action : "Jâai compris que mon secteur est saturĂ©, je vais voir quelles formations peuvent me convenir."
đ Exemple 2 : Un jeune qui reprend confiance aprĂšs une pĂ©riode de doute
đŹ RĂ©action : "Jâai eu un entretien ratĂ©, mais jâai compris mes erreurs. Je vais mieux me prĂ©parer pour le prochain."
đ Exemple 3 : Un jeune qui accepte un accompagnement aprĂšs lâavoir refusĂ©
đŹ RĂ©action : "Je pense que je ne peux pas y arriver seul. Je vais essayer de suivre les conseils que vous me donnez."
Et quand le professionnel a en face de lui un jeune qui vit cette situation, il peut :
â
Valoriser son Ă©volution : "Vous avez fait un grand pas en acceptant la situation, câest une force !"
â
Lui donner des outils concrets : Proposer des actions claires et réalisables rapidement.
â
Le guider sans imposer : Laisser une marge de libertĂ© pour quâil sâapproprie le changement.
â
Encourager lâexpĂ©rimentation : "Essayez, vous verrez ce que ça donne, et on en reparle ensemble."
â
Sâassurer quâelle ne rechute pas : Maintenir un suivi rĂ©gulier pour Ă©viter un retour en arriĂšre.
đĄ Lâobjectif est dâancrer cette acceptation dans une dynamique dâaction, pour qu'il transforme sa prise de conscience en opportunitĂ© dâĂ©volution.
Phase 7 : la reconstruction đđ đ±
Câest une phase consciente et active, câest la derniĂšre Ă©tape de la courbe du deuil et de changement. AprĂšs avoir acceptĂ© la rĂ©alitĂ© de la situation, le jeune se rĂ©investit activement dans un projet et commence Ă construire un nouvel Ă©quilibre. Câest une phase positive, oĂč lâindividu transforme son vĂ©cu en une opportunitĂ© dâĂ©volution. Câest lĂ qu'il passe dâune posture passive Ă une posture proactive : il devient acteur de son parcours.
- Le jeune va ressentir un sentiment de regain dâĂ©nergie et dâoptimisme, une meilleure gestion des Ă©motions avec moins de stress ainsi quâune confiance croissante en ses capacitĂ©s sur le plan Ă©motionnel.
- Sur le plan comportemental, elle va sâengager concrĂštement dans des dĂ©marches professionnelles avec une recherche active dâemploi ou de formation, elle va dĂ©velopper de nouvelles compĂ©tences, elle va ĂȘtre en capacitĂ© Ă sâadapter aux imprĂ©vus sans rechuter dans la frustration ou lâabandon et elle va rechercher de nouvelles opportunitĂ©s et crĂ©er un rĂ©seau.
- Enfin, elle va retrouver son dynamisme avec plus dâentrain dans les actions quotidiennes, elle va avoir une meilleure posture corporelle avec des gestes adaptĂ©s et va ressentir une amĂ©lioration de son bien-ĂȘtre gĂ©nĂ©ral sur le sommeil, lâalimentation et lâĂ©nergie pour le plan physique.
Le discours est orientĂ© vers lâaction et des prises dâinitiatives avec une volontĂ© dâĂ©volution. Son discours est proactif et orientĂ© « solutions », il a une capacitĂ© Ă relativiser et tirer des leçons du passĂ©, il sâouvre aux opportunitĂ©s et exprime la volontĂ© dâaller de lâavant.
đ Ce qui se passe : Un jeune sâapproprie son parcours, reprend confiance, construit son avenir professionnel.
đŹ RĂ©actions frĂ©quentes : "Je commence Ă voir des opportunitĂ©s.", "Je peux y arriver, je suis motivĂ©(e) !"
đ Exemple 1 : Un jeune qui sâinvestit dans une formation
đŹ RĂ©action : "Jâai commencĂ© une formation, je vois dĂ©jĂ les progrĂšs que je fais."
đ Exemple 2 : Un jeune qui entreprend une recherche dâemploi active
đŹ RĂ©action : "Jâai refait mon CV et jâai dĂ©jĂ envoyĂ© plusieurs candidatures ciblĂ©es."
đ Exemple 3 : Un jeune qui change dâorientation aprĂšs un Ă©chec
đŹ RĂ©action : "Jâai compris que ce secteur ne me convenait pas, je me dirige vers un domaine qui me correspond mieux."
Lorsquâun jeune accompagnĂ© est en phase de reconstruction, le professionnel peut :
â
Encourager lâautonomie : Valoriser son passage Ă lâaction et le laisser prendre des initiatives.
â
Lâaider Ă structurer son projet : Mettre en place un plan dâaction avec des objectifs concrets.
â
Faciliter lâaccĂšs aux opportunitĂ©s : La mettre en relation avec des professionnels, des entreprises, des organismes de formation.
â
Soutenir la motivation : Rappeler les progrĂšs accomplis et montrer les perspectives dâĂ©volution.
â
Préparer aux éventuels obstacles : Lui apprendre à gérer les imprévus sans retomber dans le doute ou le découragement.
đĄ Lâobjectif est de consolider cette dynamique positive pour qu'il puisse maintenir son engagement et continuer Ă avancer vers son avenir professionnel avec confiance.
Pourquoi utiliser la courbe du deuil dans lâaccompagnement socio-pro ? đ€đ€ïžđ§
Dans lâaccompagnement socio-professionnel, il est courant de rencontrer des personnes en transition, en reconversion ou en difficultĂ© face Ă un changement subi (perte dâemploi, rĂ©orientation, fin de contrat, Ă©chec dans un projet professionnelâŠ). Ces situations peuvent ĂȘtre vĂ©cues comme une perte et gĂ©nĂ©rer des rĂ©actions Ă©motionnelles fortes.
đĄ La courbe du deuil permet au professionnel de mieux comprendre ces rĂ©actions, dâadapter son accompagnement et dâintervenir au bon moment avec la posture adĂ©quate.
5 intĂ©rĂȘts majeurs :
đ Comprendre les rĂ©sistances et ajuster son accompagnement
Chaque phase de la courbe du deuil implique des rĂ©actions spĂ©cifiques qui influencent lâattitude du jeune accompagnĂ© face aux propositions qui lui sont faites.
đ Ăviter les interventions inadaptĂ©es ou contre-productives
Si le professionnel ne prend pas en compte lâĂ©tat Ă©motionnel du jeune accompagnĂ©, son intervention peut ĂȘtre mal perçue et inefficace.
đ Adapter sa posture en fonction des Ă©tapes
La posture du professionnel doit Ă©voluer en fonction de la phase oĂč se trouve le jeune accompagnĂ© :
đ Favoriser une transition plus rapide et efficace
Lorsquâune personne est bloquĂ©e dans une phase (exemple : colĂšre prolongĂ©e ou dĂ©pression qui empĂȘche dâavancer), un accompagnement adaptĂ© peut accĂ©lĂ©rer sa progression vers lâacceptation et lâaction.
đ AmĂ©liorer la relation de confiance et lâengagement
Se référer à la courbe du deuil permet au professionnel de :
â
Mieux comprendre les émotions du jeune accompagné sans les juger.
â
Adapter son discours et ses actions pour quâils soient mieux acceptĂ©s.
â
CrĂ©er une relation de confiance oĂč il se sent compris et soutenu.
â
Renforcer lâengagement en proposant les bonnes actions au bon moment.
En conclusion, đ La courbe du deuil est un outil prĂ©cieux pour les professionnels de lâaccompagnement socio-professionnel, car elle permet une approche plus fine et plus respectueuse du rythme de chaque individu.
đŻ Lâaccompagnement devient plus efficace, plus humain et plus adaptĂ© aux besoins spĂ©cifiques de chaque situation, ce qui augmente les chances de rĂ©ussite et de stabilisation professionnelle.
đĄ Comprendre ces Ă©tapes, câest donner aux jeunes accompagnĂ©s les meilleures chances dâĂ©voluer vers une reconstruction positive et durable.